SUR LE FIL DU SUCCES (Par Sophie Makris, pour le journal Sud-Ouest)

Gauthier Fourcade est ce qu'on appelle un " comique ", à l'affiche dans les café-théâtres parisiens. Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce Palois d'adoption a l'humour poétique et un sens de l'absurde qu'il a su mettre à profit tout au long d'un parcours capricieux. 1987, belle année. Pendant neuf mois, un Pierrot échevelé tient l'affiche du cabaret, " le Bec Fin ", l'un des café-théâtres les plus réputés de Paris. A moins que ce ne soit son affiche qui le tienne : Le jeune homme habite un jardin aérien, déjanté, où il se balade, candide , équilibriste, sur le fil de sa vie. Le spectacle s'appelle " Fou … comme Fourcade . Fourcade, c'est lui, le " Fou " aussi. Le bouche à oreille fait son effet, les représentations marchent bien, la critique apprécie. Il a 25 ans, pousse un ouf de soulagement. " A la fin de mes études, j'avais passé un contrat avec mes parents. Si au bout d'une année, je ne parvenais pas à percer dans la comédie, ils me coupaient les vivres ". Il perce. Un trou à sa taille, longiligne et dégingandée, un trou pas très rond, ouvert à l'envers et découpé de travers, à la mesure de toutes ces années où trop de logique a tué sa logique : bac scientifique, maths sup, maths spé à Pau où il débarque à l'adolescence. " A la fin de la prépa, au moment de passer les concours des écoles d'ingénieur, j'ai fait ma petite crise de rébellion, j'ai échoué volontairement. Je rendais copie blanche ou bien je faisais de petits dessins. Depuis longtemps, je savais que je voulais jouer, écrire, être artiste "

OPTION INGENIEUR INFORMATIQUE

à Paris "avec un concours pas trop compliqué ", qu'il prépare à Toulouse, à 250 kilomètres de chez lui. Supinfo lui ouvre ses portes. Une ou deux fois, il y va, pour raconter à ses parents ou pour demander un certificat de scolarité : il a besoin de 70.000 francs pour monter sa première pièce de théâtre. On ne prête qu'aux futurs riches … Il sort des trois années d'école : comédien entraîné, metteur en scène motivé, auteur non diplômé, option ingénieur informatique. " C'était les quatre aspects de ma personnalité, y compris le côté matheux, pour le rapport à la logique. Après l'expérience du théâtre, j'avais envie de tout réunir dans une seule formule de scène. Parmis les genres qui existaient déjà, le one-man-show s'en rapprochait le plus, mais je ne voulais pas me mouler dedans à toute force, ce que je voulais, c'était moi, tout court sur scène ". Lui tout court, c'est depuis l'année dernière, une affiche jaune citron sur les murs de Paris où une guirlande de Noël clignote autour de son cou, lui tire la bouche en coin, le sourcil vers le doute, la tignasse vers le ciel. C'est "si j'étais un arbre ", son nouveau spectacle en vedette du Point-Virgule, la Mecque des cafés-théâtres. C'est la "découverte d'un jeune talent ", de 38 ans.

PASSAGE A VIDE

Mais lui tout long, c'est cette année 87, fastueuse…. Son one-man-show qui saute de case en case et décroche les représentations de 20 heures, une carrière qu'il démarre à toute allure dans la bande des Palmade, Roumanoff, Bigard. " J'ai traversé toute cette période du " Bec Fin " sur un petit nuage. Le spectacle marchait, je pensais que c'était ça qui comptait, que ça suffisait. Je ne me souciais pas du tout de l'aspect promo, d'envoyer des invitations à qui il fallait, de faire parler de moi et personne ne s'en chargeait à ma place ". Le regard perdu dans les lumières de 87, il ajoute : " Oui, c'est ça j'ai été mal conseillé, je n'ai pas rencontré les bonnes personnes et de mon côté, je n'ai pas su créer de liens, m'entourer d'une " famille " artistique durable ". Parti seul, c'est aussi seul qu'il arrive au bout de son contrat au " Bec fin ", auréolé d'un beau succès mais sans aucun projet, sans aucun contact pour la suite. Sur le CV, un saupoudrage pudique des dates de " nombreux passages dans des cabarets " jette un flou sur les années glacées. Communément, on appelle ça une " traversée du désert ". Les espoirs déçus, le doute, l'échec, pas de salle pour remonter un one-man-show, les manuscrits de pièces de théâtres qui restent dans les tiroirs, les contacts sans lendemain, des jeux de réflexion inventés, récompensés et jamais commercialisés, les " ce que vous faites, c'est bien, mais pas assez populaire ". Fourcade le rêveur à l'élocution lunaire, fait du marketing téléphonique. Fourcade l'égaré poids-plume devient vigile, et touche le fond. " Je lisais beaucoup, de la philo notamment, j'ai écrit un roman. Intérieurement, je faisais mon chemin, mais extérieurement, je vivotais misérablement. Ma famille, mes amis me regardaient comme un extra-terrestre. Le jour où pendant une ronde de nuit, je me suis retrouvé à donner un coup de poing à un pauvre mec shooté, je me suis dit qu'il fallait que je fasse quelque chose ".

RETOUR EN SCENE

A 33 ans, il repart à zéro, fort d'une évidence : " la première fois que je suis remonté sur scène, en 1997, pour faire plaisir à un copain qui débutait dans le spectacle, j'ai eu un flash : c'était ça que je voulais, que j'aimais, c'était ça ma vie ". Fourcade retrouvé ne se quitte plus. Désormais bien entouré d'un metteur en scène et d'une attachée de presse , il est sur scène depuis trois ans. Après " Crise de Fourcadisme aiguë , le spectacle des retrouvailles " Si j'étais un arbre " creuse la veine absurde, surréaliste, poétique qu'il affectionne. L'histoire d'un homme éclaté , qui perd tout parce qu'il a la tête ailleurs, y compris ses racines, voire ses parents ; qui voudrait bien retrouver ses morceaux, se réunir, et s'offrir à sa femme en cadeau d'anniversaire. Il y parle notamment de cette Algérie, où il est né, qu'il a quittée au bout d'un mois. Et c'est drôle. Gauthier Fourcade joue les comiques sans frontières, sans frontières entre lui et la scène, non par coquetterie mais nécessité. " Je suis entier dans mes spectacles, je ne sais écrire que ce que je vis, je suis incapable d'écrire sur commande ou pour quelqu'un d'autre. Mais mon spectacle précédent était beaucoup plus névrotique que celui-ci, non ? Il y avait des toiles d' araignée partout ". Dans " Si j'étais un arbre " , il se trouve à quatre pattes en chaussettes rouges, en train de confondre ses chaussures avec Dieu, de garder les moutons - de poussière- dans la montagne, d'apporter des oranges aux cellules, ses aïeules. Oui, oui vraiment, ça va beaucoup mieux, dit-il……


L'ARTICLE PRECEDENT DATANT DE DEBUT 2000, VOICI EN GROS CE QUI S'EST PASSE DEPUIS.

Début mars 2001, fin de la programmatin au Point-Vigule.

Festival d'Avignon : en 2000 et 2001 "Si j'étais un arbre" a été joué à la Maison IV de Chiffre, puis en 2002 au Petit Chien.

A l’automne 2002, la pièce "l’Amicale des Contrevenants" a été éditée chez Lansmann puis jouée au Théâtre de la Huchette (oui, c’est bien celui où la Cantatrice Chauve , de Ionesco, est jouée depuis bientôt 50 ans) de septembre à fin novembre, dans une mise en scène de Xavier Lemaire.

En 2003 "Crise de Fourcadisme aiguë" est repris sous un titre plus représentatif de son contenu : "Le coeur sur la main" et est joué au Festival d'Avignon en alternance avec "Si j'étais un arbre", au Petit Chien.

En 2004 , programmation trois mois de "Le coeur sur la main" au Théâtre de l'Ile St Louis à Paris, puis au festival d'Avignon, toujours au Petit Chien. En fin d'année, tournage (en tant que comédien) de 17 épisodes de la série "Faites comme chez vous".

2005 : Diffusion de la série "Faites comme chez vous" sur M6 les dimanches après-midi. Année consacrée essentiellement à l'écriture du "Secret du Temps Plié", avec l'aide de Marc Gelas.

2006 : "Le Secret du Temps Plié" est joué au Festival d'Avignon salle Buffon.

2007 : "Le Secret du Temps Plié" est joué au Festival d'Avignon à la Luna puis de fin août au 3 novembre à le Manufacture des Abbesses (Paris, puis la Comédie Bastille (Paris) du 3 novembre jusqu'à la fin de l'année. Supinfo redevient Sponsor du spectacle.

2008 : Prolongation du "Secret du Temps Plié" à la Comédie Bastille jusqu'au 10 mai. Reprise au Rive Gauche (Paris) à partir du 30 juin.